mardi 4 décembre 2012

L'amère patrie

Le Monde
(...)
La bonne nouvelle pour ces impats qui broient du noir arrive sous la forme d'une courbe sinusoïdale projetée sur grand écran. Après des hauts (la lune de miel de l'arrivée) et des bas (le contrecoup du retour), la réadaptation à la vie française prendrait un an en moyenne. Mais la règle n'a rien de mathématique, comme peut en témoigner Jean-François Scordia. Fuyant "le stress de Manhattan" où il travaillait dans l'hôtellerie, ce Breton aspirait à un rythme de vie plus paisible dans sa région natale. Mais, mois après mois, le rêve du retour aux sources a viré au cauchemar. En 2004, au bout de trois ans sans emploi, la confiance en berne et les finances à sec, il doit repartir aux Etats-Unis en catastrophe, avec son jeune fils et sa femme américaine, méditant amèrement le vieux diction "Nul n'est prophète en son pays". Lui qui avait enchaîné les postes à responsabilités dans les adresses les plus courues de New York doit revoir ses ambitions françaises à la baisse : "A l'ANPE, c'est tout juste s'ils ne m'ont pas proposé de devenir serveur. Je leur ai pourtant dit que j'avais eu jusqu'à soixante employés sous mes ordres." Avec ses phrases truffées d'anglicismes et son style très direct, "à l'anglo-saxonne", Jean-François Scordia se heurte au scepticisme des banques et des employeurs potentiels. Personne ne semble croire à la réalité de son rêve américain : "Quand je leur parlais de chiffres d'affaires de 10 millions de dollars pour un restaurant, ils pensaient que je racontais des bobards. Pour moi, c'est le signe d'un pays qui pense petit. On dirait qu'il y a une peur de progresser et de grandir."
Par frilosité et conservatisme, la France se prive-t-elle de tous ces talents extérieurs qui ramènent dans leurs bagages des idées nouvelles et un regard neuf sur leur vieux pays ? 
C'est le sentiment de bon nombre d'impats, frustrés de constater le faible intérêt que suscite leur expérience à l'étranger. Ces derniers ne servent pas toujours leur cause en entonnant un peu trop systématiquement le sempiternel refrain du "c'était mieux ailleurs" si exaspérant aux oreilles de leurs compatriotes restés dans l'Hexagone, c'est-à-dire l'immense majorité. Cela étant, les Français émigrent de plus en plus. Leur nombre à l'étranger est aujourd'hui estimé à 2,5 millions. D'où peut-être la nécessité d'aider un peu plus tous ceux qui le souhaiteraient lorsqu'ils rentrent au pays... D'ailleurs, combien sont les impatriés ? Nul ne le sait réellement, en l'absence d'un outil statistique fiable recensant ce type de mouvements migratoires. Difficile du coup de mesurer l'impact de la crise. En 2008, les médias avaient fait grand cas du retour piteux des cow-boys de la finance fuyant Londres, New York et Francfort pour venir panser leurs plaies en France, parfois aux frais de la République. Mais rien n'indique un mouvement massif de repli sur les bases françaises pour cause de crise mondiale. "Tant que le chômage est à 10 %, je n'imagine pas un rush. Le chômage des jeunes, en particulier, est très élevé ici malheureusement", analyse Hélène Conway-Mouret, la ministre des Français de l'étranger.
Rien ne vaut le vécu. Après vingt-cinq ans passés en Irlande, cette ancienne universitaire de l'Institut de technologie de Dublin est plus sensibilisée que ses prédécesseurs à la problématique de l'impatriation : bien que ministre, elle doit ferrailler avec l'administration française pour obtenir la carte grise de sa Peugeot 406 ramenée d'Irlande. Et cherche à convaincre ses collègues du gouvernement (notamment de l'Intérieur, de l'Education nationale, des Affaires sociales) de la nécessité de déverrouiller les "points de blocage" qui compliquent la réinsertion :"Pour moi, la mobilité, ça se passe dans les deux sens. Vous partez, c'est très bien, vous servez la France à l'étranger. Quand vous revenez, on doit vous montrer que l'on valorise ce que vous avez acquis. On a un guichet pour sortir, on peut bien avoir un guichet pour rentrer !"
Si beaucoup d'impats se désolent de l'état dans lequel ils ont retrouvé leur pays, d'autres apprécient les avantages qu'offre encore notre "chère" République avec d'autant plus de force qu'ils en ont été privés durant des années. C'est le cas de Louisa Zanoun, historienne et chercheuse en poste à la London School of Economics (Londres), puis à l'université Concordia (Montréal). Cette fille de harkis, qui se voit comme "un pur produit de l'école républicaine", tenait absolument à scolariser sa fille, aujourd'hui âgée de 8 ans, dans un établissement français. Rentrée en juillet 2010 après douze ans à l'étranger, elle a redécouvert "un rapport à la culturequ'elle ne trouvait pas au Canada. Aujourd'hui, cette Montreuilloise d'une quarantaine d'années s'émerveille du goût hexagonal pour le débat : "Les gens sont intéressés par ce qui se passe dans la sphère publique. En France, tout le monde a une opinion sur quelque chose."
Un contraste bienvenu, selon elle, avec les sujets de conversation passe-partout choisis pour ne fâcher personne dans les pays anglo-saxons. Louisa Zanoun n'ignore pas les travers nationaux, et particulièrement parisiens. Elle cite pêle-mêle l'agressivité, le manque de savoir-vivre et de courtoisie, les rapports sociaux tendus, l'incivisme... Mais les bruits de la comédie humaine à la française lui arrivent désormais avec un son étouffé : "Je regarde tout ça avec une sorte de détachement. Celui que j'avais à l'étranger et que j'ai gardé." Son long séjour hors du bocal national a été pour Louisa Zanoun comme un détour anthropologique qui lui a fait considérer les choses sous un autre angle.
(...)

dimanche 2 décembre 2012

C’est mon genre, c’est mon choix


Ce texte, préface à La Querelle du genre de Christian Flavigny, est la propriété des Presses Universitaires de France (PUF).
Nietzsche voyait dans la lutte des femmes pour l’égalité des droits « un symptôme de maladie ». Son diagnostic sur ce qu’il nommait alors« l’éternelle guerre entre les sexes », voire « la haine mortelle des sexes »1paraîtra sans doute excessif ; il est en réalité insuffisant. Car ce n’est plus de guerre entre les sexes et de haine des sexes dont il est question dans lesgender studies ou « études de genre », mais de guerre contre le sexe et de haine du sexe, qu’il soit masculin ou féminin. Comme si l’égalité des sexes passait désormais par leur neutralisation. […] Il ne faudrait donc plus parler de l’égalité des sexes, mais de l’égalité des genres, les genres n’étant plus sexués en « homme » et en « femme », en « mâle et en femelle », en « garçon » et en « fille » et, a fortiori, en XY et en XX. La différence sexuelle étant dissoute au même titre que la différence génétique, il n’y aurait plus d’obstacle à la suppression de la différence sociale.
Ainsi peut-on, en première approximation, résumer la théorie du genre,« mythe contemporain » examiné par le docteur Christian Flavigny. Il rappelle qu’elle est apparue aux États-Unis et que, aux yeux des Américains, elle tient à l’opposition du « sexe », dans sa détermination physiologique, et du « genre », dans son sens psychologique, la dérive psychologisante entraînant rapidement une dérive sociologisante. Dans sa radicalité, en effet, la théorie du genre affirme qu’il n’y a pas d’identité sexuelle relevant de la nature, mais une identité générique, relevant de la culture, la seconde étant la cause des inégalités entre les pratiques sexuelles.
[...]
La Querelle du genre, Christian Flavigny (PUF)
  1. Friedrich Nietzsche, Ecce Homo, « Pourquoi j’écris de si bons livres », § 5. Souligné par Nietzsche. 
  2. Judith Butler, « Le transgenre et les “attitudes de révolte” »,Sexualités, genres et mélancolie. S’entretenir avec Judith Butler, sous la direction de Monique David-Ménard, Paris, Campagne Première2009, p. 22. 
  3. Monique Wittig, La Pensée straight, Paris, Éditions Amsterdam, 2007, p. 13 et p. 36. 
  4. Judith Butler, Trouble dans le genre. Le féminisme et la subversion de l’identité, Paris, La Découverte, 2006, p. 73. 
  5. Friedrich Nietzsche, Ainsi parlait Zarathoustra, I, « La vieille et la jeune femme ». 
http://www.causeur.fr/cest-mon-genre-cest-mon-choix,20222

dimanche 25 novembre 2012

mardi 13 novembre 2012

Immigration en France: les vrais chiffres

Les chercheurs notent que le parcours scolaire des enfants d'immigrés sont différenciés selon le pays de naissance des parents.
Les enfants d'immigrés venus de Turquie, d'Algérie d'Espagne et d'Italie sont surreprésentés parmi les non-diplômés du second cycle secondaire. 
Pour le baccalauréat, les fils et les filles turques sont en situation de sous-réussite au contraire des descendants des migrants du sud-est asiatique. Les descendants d'immigrés africains, moins diplômés, occupent plus souvent des emplois précaires.
Globalement les descendants d'immigrés d'Afrique sont pénalisés sur le marché de l'emploi.
Mais l'écart avec les autres populations se réduit largement quand le niveau scolaire s'élève.

(...)

les hommes et les femmes venus du Portugal et d'Afrique Subsaharienne sont les plus actifs sur le marché du travail (80%). Leur participation dépasse même celle des non-immigrés (78%). A l'opposé, les immigrés issus du Maghreb (66%), de L'Espagne (66%), de l'Italie (61%) ou de Turquie (58%) sont les immigrés les moins actifs. 

Le taux de fécondité des femmes immigrées est supérieur à celui des autres.  (2,6 contre 1,9) 

(...)

http://www.lexpress.fr/actualite/societe/immigration-ce-qu-il-faut-retenir-des-chiffres-de-l-insee_1172299.html?xtmc=cout_immigration&xtcr=7

-----------
Michèle Tribalat, le 22 novembre 201
(...)
Et sur le coût de l’immigration, on a pu lire dans le dernier numéro de L’Express des informations très contradictoires… Qu’en sait-on ?
Sur le coût de l’immigration, la France est assez ignorante. Les calculs qui sont faits par Xavier Chojnicki et Lionel Ragot, dont L’Express se fait l’écho, portent sur les immigrés au sens strict, leurs enfants nés en France étant comptés du côté des natifs. Beaucoup d’hypothèses sont nécessaires pour avoir une idée de leur coût et de leur apport aux comptes publics. D’après les auteurs, les immigrés dégageraient un très léger surplus qui ne repose que sur l’âge des migrants. Cette relative jeunesse ne tient qu’à un apport migratoire permanent car un immigré vieillit, lui aussi, et coûte beaucoup plus cher qu’un natif sur l’ensemble de sa vie. L’immigration, si tant est qu’elle contribue aux finances publiques positivement, est donc un médicament à vie.
http://www.bvoltaire.fr/micheletribalat/immigration-le-grand-renoncement,4121

Suivez votre instinct, il a (presque) toujours raison

Voilà une étude qui va rassurer les indécis: en cas de doute, face à un choix, il vaut mieux suivre son instinct plutôt qu'une opinion basée sur un calcul rationnel. L'enquête, réalisée à l'Université des Sciences de Tel Aviv, démontre que les décisions qu'on prend sur l'unique base d'un feeling difficilement explicable sont les bonnes dans 90% des cas.

Selon cette étude, "le cerveau humain a la capacité de prendre intuitivement en compte de nombreuses informations et d'en tirer une valeur globale". Sans s'en rendre compte, on pèse intérieurement le pour et le contre, les paramètres du problème dans son ensemble et notre instinct nous dicte la réponse la plus juste possible en fonction des données qu'on a en notre possession. Bref, ne réfléchissez pas trop, suivez ce que votre ventre vous dit.

lundi 12 novembre 2012

French diplomatic service is the world's best, UK says

Britain's diplomats have been told to learn lessons from the French, if they are to become the best diplomatic service in the world.

It follows advice from an external panel of advisers who told the Foreign Office that France was the best at pushing its national interest.

Top mandarin Simon Fraser told MPs France was known for supporting its economic and commercial interests. But he said the UK had already made significant progress in this area.

Foreign Secretary William Hague has set the Foreign and Commonwealth Office (FCO) an objective of becoming the best diplomatic service in the world by 2015.

As part of its attempts to achieve this, the FCO has convened an external panel of advisers, known as the Diplomatic Excellence External Panel, to assess the department's progress and to judge how it compares with diplomatic services around the world. The panel includes around 60 politicians, journalists and representatives from business and the NGO sector.

'Bold and imaginative'

Simon Fraser, Head of the Diplomatic Service, told the Commons Foreign Affairs Committee that in its first meeting earlier this year the panel had judged France to have the most effective diplomatic service - although the UK came second.
He said: "I think the point about the discussion of different diplomacies was the sense that French diplomacy is very good at a single-minded pursuit of a perception of the national interest. "This is something that perhaps British diplomacy could be a bit more focused in doing, whilst also pursuing the other things such as our values agenda, human rights and these other issues.

Asked about what he thought the UK could learn from France, Mr Fraser said the French government was judged to be "more organised in its collective support for, for example, French economic interests through diplomacy". "That is certainly an area which we have been focusing on in the Foreign Office through our commercial diplomacy efforts and I think we have made significant achievements there."

In light of the meeting with the panel, Mr Fraser said the FCO was looking at making its policies "hard headed and focused on delivering the national interest" and more "bold and imaginative". "There are many other good diplomatic services in the world, the French are one of them, and the important thing for us is that we can learn from them, as they can learn from us," he added.

http://www.bbc.co.uk/news/uk-politics-20218377